fb

Dans la carrière des artistes canadien.ne.s, il arrive souvent un moment décisif où la prochaine étape est de faire le saut (au sens propre comme au sens figuré) vers le marché américain. Pour les musicien.ne.s émergent.e.s qui cherchent à faire connaître leur talent et à toucher un public international plus large, les États-Unis offrent un tout nouveau monde d’opportunités intéressantes. Mais avant de vous précipiter sur les grandes scènes du sud de la frontière – légalement – vous devez obtenir le permis de travail approprié.

Notre série de guides pratiques se concentrera sur deux options populaires de premier visa pour les artistes canadien.ne.s, les visas O-1 et P-2. Il inclura des témoignages de musicien.ne.s qui ont obtenu ces permis à propos de leur expérience. Dans cette première partie, nous examinerons tous les coûts, exigences et délais liés à la demande de visa P-2. Poursuivez votre lecture pour mieux comprendre et décrocher le visa qui vous convient – et pour bien vous préparer à faire face aux difficultés qui pourraient survenir en cours de route.

Visa P-2 : programme d’échange réciproque

Les artistes canadien.ne.s qui souhaitent travailler et jouer aux États-Unis alors que leur carrière se développe ont le choix entre un certain nombre de permis de travail. Ils servent tous  les artistes mais répondent à des circonstances différentes. Il est donc important de comprendre les différences pour choisir celui qui convient le mieux à votre situation actuelle.

L’une des options les plus courantes est le visa P-2 (artiste-interprète individuel ou membre d’un groupe venant se produire dans le cadre d’un programme d’échange réciproque). Selon les services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS) : « La classification P-2 s’applique à vous si vous venez temporairement pour vous produire, en tant qu’artiste ou professionnel des arts du spectacle, individuellement ou en tant que membre d’un groupe dans le cadre d’un programme d’échange réciproque entre une organisation des États-Unis et une organisation d’un autre pays ».

Plus simplement, le P-2 est un visa de non-immigrant qui permet aux artistes d’être employé.e.s aux États-Unis s’ils ou elles sont invité.e.s par un employeur américain à travailler dans le secteur du divertissement (musique, danse, théâtre, etc.). Pour faire une demande, vous devez prouver deux choses. Premièrement, vous devez recevoir une offre d’emploi d’un employeur spécifique et cet employeur doit avoir le feu vert du ministère du travail pour votre emploi. Deuxièmement, vous devez prouver que vous êtes qualifié pour travailler dans votre domaine.

Pour en savoir plus sur l’organisation d’une tournée, veuillez consulter notre série sur Votre première grande tournée : comment se préparer pour la route

Procédure de demande et durée du séjour

Pour commencer, l’employeur ou l’organisation américaine qui vous sponsorise doit remplir le formulaire I-129, Petition for a Non-Immigrant Worker (pétition pour un travailleur non immigrant), accompagné de documents justificatifs décrivant le programme d’échange.

Le site web Total Law (avocats globaux spécialisés dans l’immigration) indique que « vous devez joindre les documents suivants au formulaire I-129 dans le cadre de votre demande de visa P-2 :

  • Une consultation écrite avec une organisation professionnelle locale
  • Une copie de l’accord officiel d’échange réciproque entre l’organisation américaine qui parraine l’artiste ou professionnel des arts du spectacle et l’organisation étrangère qui l’accueillera.
  • Une déclaration de l’organisation parrainante décrivant comment l’échange réciproque d’artistes ou de professionnels du spectacle américain.e.s profitera ou affectera la pétition spécifique pour laquelle la classification est demandée.
  • La preuve que vous et l’artiste américain.e faisant l’objet de l’accord d’échange réciproque êtes des professionnel.le.s aux compétences comparables et que vos conditions d’emploi sont similaires.
  • La preuve qu’une organisation professionnelle appropriée aux États-Unis a participé à la négociation ou a approuvé l’échange d’artistes entre les États-Unis et les pays étrangers.
  • Un calendrier des spectacles, y compris les dates et les lieux si les événements ou les concerts ont lieu dans plusieurs régions, comme dans le cadre d’une tournée ».

Pour plus d’informations sur la demande de visa P-2, consultez le site officiel de l’USCIS.

Après leur arrivée aux États-Unis, les artistes peuvent rester jusqu’à un an pendant la période initiale du visa de travail P-2, soit le temps alloué pour compléter l’événement, la performance ou la compétition. Il est possible de prolonger incrémentalement le séjour, pour un maximum d’un an si davantage de temps est nécessaire pour poursuivre ou compléter le programme d’échange ou l’engagement de performance.

Site web des services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS)

La demande de prolongation de votre séjour aux États-Unis implique le dépôt d’un autre formulaire, le formulaire I-539, auprès de l’USCIS avant la fin de votre séjour initial d’un an. Attention, si vous dépassez la durée de votre visa autorisé, vous risquez de ne plus pouvoir retourner aux États-Unis et d’être expulsé. Ne prenez pas de risque!

Votre demande de prolongation devra également contenir d’autres documents, notamment une lettre décrivant votre emploi, vos deux derniers relevés de salaire et votre formulaire W-2 le plus récent. Veillez donc à commencer la procédure suffisamment tôt pour avoir le temps de déposer votre demande avant l’expiration de votre visa P-2. 

Coûts et délais de traitement

Même s’il serait formidable de descendre dans le sud et de pouvoir donner des concerts quand on veut (gratuitement), les visas de travail peuvent coûter cher (en particulier pour les jeunes artistes débutant.e.s). Heureusement, les frais de dépôt initiaux pour le visa P-2 sont relativement abordables par rapport à d’autres permis de travail.

Les frais de dossier habituels sont de 460 USD pour le dépôt du formulaire I-129. Comme l’indique le site de la Fédération canadienne des musiciens (FCM), pour payer, « vous pouvez utiliser un mandat, un chèque personnel ou un chèque de banque. Vous pouvez également payer par carte de crédit en remplissant le formulaire G-1450 Authorization for Credit Card Transactions (Autorisation de transactions par carte de crédit). Si vous payez par chèque, veillez à le faire au nom du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS). »

Le délai de traitement normal peut aller jusqu’à 90 jours. Il est donc recommandé de soumettre votre demande au moins trois mois avant votre première performance. Si le DHS est submergé de demandes ou si vous êtes signalé.e comme devant faire l’objet d’un contrôle supplémentaire pour des raisons de sécurité, le délai de traitement pourrait être ralenti. N’oubliez pas aussi que plus tôt votre employeur américain soumettra les documents justificatifs, plus tôt le DHS pourra commencer à examiner votre demande dès qu’il l’aura reçue.

Instructions de la Fédération américaine des musiciens pour les demandes de permis de travail P2/P2-S

Il y a des moyens d’accélérer la procédure si vous avez quelques économies de côté. Le traitement prioritaire s’accompagne de frais de 2 500 USD, mais il vous permet de soumettre votre demande P-2 seulement 25 jours civils avant votre premier engagement. *Notez que le traitement prioritaire nécessite toujours le paiement du montant initial de 460 USD, en plus des 2 500 USD de frais, en deux mandats séparés adressés au DHS.  

Bien qu’il ne soit pas obligatoire de faire appel à un avocat, il peut être utile de mettre de côté une somme supplémentaire pour les frais juridiques si vous demandez votre visa P-2 pour la première fois et que vous avez besoin de conseils. Même si le processus peut sembler intimidant, rappelez-vous que beaucoup de jeunes artistes ont réussi à naviguer dans le système d’immigration et à obtenir des visas qui ont ouvert la porte à de nouvelles opportunités de carrière, à des collaborations et à des fans – et n’oubliez pas que vous avez toute une communauté autour de vous qui peut vous offrir des conseils et du soutien!

Ne manquez pas la deuxième partie de notre série sur les permis de travail aux États-Unis pour les artistes canadiens : un guide sur le visa O-1 pour les personnes ayant des compétences extraordinaires.

Texte écrit et traduit par Maryse Bernard

Illustration par Yihong Guo