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Depuis maintenant près de 2 mois, un nouveau visage s’est installé en tête de proue du cours de musique assisté par ordinateur à RAC Montréal. Francis Brûlé, artiste multidisciplinaire, diplômé d’une majeure en musique numérique à l’Université de Montréal et geek avéré partage avec ses étudiants ses connaissances en la matière.

Avec plusieurs cordes à son arc, ayant suivi des cours de bandes dessinées, en art visuel et en informatique, l’auteur-compositeur-interprète, pianiste, concepteur sonore, producteur et maintenant enseignant se dit être continuellement dans un mode d’apprentissage. Son objectif:  évoluer et grandir en tant qu’artiste. Apprenons-en davantage sur le fan de synthés et de musique électronique!

RAC : Pouvez-vous nous raconter votre parcours artistique et ce qui vous mène aujourd’hui à enseigner la musique assistée par ordinateur à RAC Montréal?

Francis : Je viens d’une famille de musiciens. J’ai suivi mes premiers cours de piano à 5 ans et j’ai commencé à faire mes premières compositions autour de l’âge de 11 ans. J’ai fait un DEC en piano Jazz/pop au cégep de Joliette, un baccalauréat en musique-écriture et une majeure en musiques numériques à l’Université de Montréal. Je suis présentement à la maîtrise en composition et création sonore à l’Université de Montréal. Je compose depuis plus de 20 ans et, en plus du piano, je joue également de la guitare et je chante. J’ai touché pour la première fois à l’enseignement en tant qu’auxiliaire à l’UdeM pour un cours intitulé « Musique de création et technologie ». Ayant adoré l’expérience, quand j’ai vu passer l’offre d’emploi, j’ai vite appliqué!

RAC : Vos influences sont, entre autres, Depeche Mode, Nine Inch Nails (le chanteur Trent Reznor), Oasis et Radiohead. Selon vous, quels sont les éléments qui unit ces artistes dans la production, le genre de musique, l’écriture etc. Qu’est ce qui fait partie aussi de votre matériel? 

Francis : Excepté Depeche Mode et Nine Inch Nails qui sont un peu dans la même veine, ce sont effectivement des artistes assez différents. Ce qui m’intéresse chez Depeche Mode, Nine Inch Nails, Radiohead et d’autres comme David Bowie ou Björk est la capacité de ces artistes à repousser les limites entre les genres et l’exploration de techniques de production, de composition et d’arrangement expérimentales présentées dans un format plus ou moins pop et accessible. C’est d’ailleurs ce que je tends à faire moi-même. Oasis est un peu à part, c’est-à-dire que c’était l’un des premiers groupes préférés quand j’étais plus jeune et ils m’ont un peu appris à jouer de la guitare.

RAC : Vous collaborez avec des artistes visuels spécialisés dans le datamoshing. Pouvez-vous nous en parler davantage et expliquer ce qui vous a amené à vouloir unir votre musique à ce style visuel?

Francis : La musique visuelle est un univers avec lequel je n’ai été mis en contact que récemment et c’est un média que j’adore. Je ne me considère pas comme un artiste visuel bien que j’aime faire des explorations en ce sens. J’ai un ami d’enfance qui pratique le datamoshing et nous avons créé un projet ensemble, Sightscape Boom. Je fais de la musique texturale et abstraite et le genre de visuel qu’il fait colle bien. Nous devrions présenter les premiers résultats de notre projet en septembre prochain.

RAC: Parlez-nous de votre prestation pour votre morceau Anxiogène, des instruments, outils et machines utilisés.

Francis : C’est une performance que j’ai faite dans le cadre d’un cours de composition électroacoustique à l’UdeM. J’ai créé un instrument que j’ai nommé le baguettophone qui produit la majorité des sons de la pièce. Ces sons sont captés à partir d’un micro contact de ma fabrication. Il y a également un dispositif Arduino avec un capteur de proximité à ultrasons. Il transmet la distance d’un objet dans le logiciel de programmation interactif Max 8. Les données sont alors converties en informations MIDI envoyées vers un port virtuel qui est reçu comme un instrument dans la station de travail audio-numérique (DAW) Reason. Je peux donc contrôler certains paramètres en temps réel à partir de ce capteur de proximité. Il contrôle aussi la vitesse du petit moteur qui tourne avec mon bonhomme sourire. 

Enfin, j’ai une caméra qui filme le moteur et envoie le « feed » dans Resolume Arena, un logiciel vidéo. Certains de ces paramètres sont audio-réactifs: j’utilise des suiveurs d’enveloppe avec Reason pour envoyer les données MIDI dans Resolume. Les visuels, envoyés dans un projecteur, sont donc en temps réel. 

RAC : Quel est le rôle artistique qui prend une plus grande place dans votre cœur et lequel constitue un défi pour vous?

Francis : Si j’ai du temps libre, je suis d’abord un compositeur. Ma passion est de « créer des tounes ». Cela peut paraître surprenant, mais le rôle qui m’est le plus dur à incarner est celui d’enseignant. Bien que j’adore ce rôle, j’ai un peu la conception d’un enseignant comme étant celui qui connaît tout sur tout alors que je ne me considère pas du tout comme tel. Je pense plutôt que si je veux continuer de grandir en tant qu’artiste, je dois admettre qu’au fond, je ne connais pas grand chose!

Strings and Attractors (Indefinite Cure Remix)

RAC: Sur votre chaine Youtube, vous faites plusieurs covers d’artistes que vous aimez. Pouvez-vous nommer des avantages et désavantages de réinterpréter des morceaux connus en tant qu’artiste?

Francis : Il y a plusieurs avantages. Je trouve que c’est un excellent exercice de composition. Je tente presque toujours de faire une version différente de l’originale. Mon but n’est pas de faire une reprise hommage, mais plutôt ma propre version des chansons que j’aborde. Cela m’aide en tant que compositeur en étudiant de très près les structures des chansons et en jouant avec celles-ci en plus de me permettre d’aiguiser mes habiletés en tant qu’ingénieur de son. Il est évident par contre que si je me fais connaître comme un artiste faisant des reprises, il sera plus difficile pour moi de faire passer mes propres compositions par la suite. Je ne suis pas encore connu alors je suis encore correct!

RAC: Au niveau production audio, quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux étudiants.es qui veulent faire des covers?

Francis : Je dirais que l’idée est d’y trouver son plaisir et sa propre voix. Je trouve ça encore plus facile de trouver ma propre voix en travaillant sur du matériel qui n’est pas de mon cru. Comme on connaît déjà les pièces, c’est pour moi un canevas fertile d’exploration. Je dirais donc d’explorer, de tenter de s’approprier le matériel et de le faire pour son propre plaisir!

Francis a plusieurs projets sur la planche, dont un EP qui sortira prochainement sous son propre nom. Il continue d’étendre sa polyvalence à travers ses explorations musicales: allant de son projet instigateur, Indefinite Cure, basé sur des chansons synth-pop, des remixes et reprises, à un autre plutôt instrumental électro/big beat/deep house se nommant Immerciful tout en passant par son ensemble de musique no input, Feedback Libre. 

Écrit par Caroline Boivin
Illustration par Yihong Guo